Quand ça fait mal

Par Syrine, fondatrice de Veyzu · Septembre 2026 · 7 min de lecture

Une douleur pendant les rapports porte un nom médical : la dyspareunie. La sécheresse en est la cause la plus fréquente, mais elle est loin d’être la seule, et le meilleur indice pour s’y retrouver, c’est où ça fait mal.

Si la douleur est à l’entrée, comme une brûlure ou un tiraillement dès la pénétration, la sécheresse est la première piste. Si elle est profonde, dans le bas-ventre, plutôt en fin de rapport ou selon la position, il faut chercher ailleurs, et consulter, parce que les causes profondes demandent un examen. Si le corps se ferme avant même le contact, c’est encore autre chose.

Aucune de ces situations ne se règle en serrant les dents. Voici comment les distinguer.

Assise au bord du lit, genoux repliés, enveloppée dans la couette
L’endroit où ça fait mal est le meilleur indice. À l’entrée, en profondeur, ou avant le contact.

Une douleur à l’entrée : la piste de la sécheresse

C’est la plus fréquente, et la plus accessible.

Elle se décrit comme une brûlure, un tiraillement, une sensation de frottement à vif, parfois de « papier de verre ». Elle est présente dès le début du rapport. Elle s’atténue si la lubrification est suffisante, et elle revient dès qu’elle ne l’est plus.

La muqueuse vaginale est humidifiée en permanence, et cette hydratation de fond dépend largement des œstrogènes. Quand ce soutien diminue (ménopause, post-partum, allaitement, certaines contraceptions, certains médicaments), la paroi s’amincit et les frottements deviennent douloureux. J’ai détaillé ces causes une par une dans mon article sur la sécheresse intime.

Ce qui va dans le sens de cette piste : la gêne existe aussi en dehors des rapports, en marchant ou en s’asseyant. Et un lubrifiant change nettement les choses.

Une douleur profonde : il faut consulter

Elle se situe dans le bas-ventre plutôt qu’à l’entrée. Elle apparaît lors des pénétrations profondes, varie selon la position, et peut persister après le rapport.

Elle n’a rien à voir avec la lubrification, et un lubrifiant ne la changera pas. Les causes possibles sont nombreuses. Le Vidal en recense les principales et explique comment elles se distinguent, et elles se cherchent par un examen, pas par déduction sur internet.

Ce n’est pas une douleur avec laquelle on compose. C’est une douleur qui se fait examiner.

Une douleur qui brûle et démange : penser à l’infection

Si la douleur s’accompagne de démangeaisons, de pertes inhabituelles, d’une odeur qui change ou de rougeurs, la piste n’est ni la sécheresse ni le profond : c’est une infection ou une irritation.

L’Assurance Maladie décrit les signes qui font reconnaître une vaginite et ceux qui doivent amener à consulter. Là encore, un lubrifiant serait au mieux inutile, au pire un facteur d’irritation supplémentaire.

Une muqueuse sèche est d’ailleurs plus vulnérable aux infections, et une infection assèche davantage. Les deux s’entretiennent, ce qui rend le démêlage difficile sans avis extérieur.

Quand le corps se ferme avant le contact

Il existe une situation où la douleur n’est pas dans la muqueuse mais dans le muscle : les muscles du périnée se contractent involontairement, et la pénétration devient difficile ou impossible.

Ça peut s’installer après une période de rapports douloureux, quelle qu’en soit la cause d’origine. Le corps apprend à anticiper, il se protège, et la contraction devient réflexe. C’est un cercle qui se referme sur lui-même : la douleur crée la contraction, la contraction crée la douleur.

Ça se prend en charge, souvent avec une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisé en périnée. Ce n’est ni une question de volonté ni un problème de couple.

Pourquoi insister aggrave tout

C’est le réflexe le plus courant et le plus contre-productif.

Quand la douleur revient plusieurs fois, le corps enregistre. Il se contracte avant même le contact, la lubrification diminue encore, l’excitation ne s’installe pas dans un corps en alerte, et le rapport suivant est plus douloureux que le précédent.

On se retrouve alors à chercher une cause psychologique à un problème qui a commencé dans un tissu. Et on ajoute de la culpabilité à de l’inconfort.

Arrêter n’est pas renoncer. C’est interrompre la boucle le temps de comprendre d’où vient la douleur.

Et quand la douleur vient d’ailleurs que du corps

Il faut le dire, parce que l’inverse est souvent asséné trop vite.

On entend beaucoup « c’est dans la tête », et c’est presque toujours faux comme explication première. La plupart des douleurs pendant les rapports ont une cause physique identifiable, et la chercher est la première chose à faire.

Mais il existe des situations où le corps se ferme pour des raisons qui lui appartiennent, après une expérience difficile, dans une relation où quelque chose ne va pas, ou dans une période de la vie où le corps n’est plus un endroit accueillant. Ce n’est pas moins réel, ce n’est pas moins sérieux, et ça se prend en charge aussi, avec un professionnel formé à ça.

La bonne séquence est celle-là : on cherche d’abord la cause physique, on la retire si elle existe, et si la douleur persiste alors qu’il n’y a plus rien à trouver, on regarde ailleurs, sans que ce « ailleurs » soit un jugement.

En parler, ou pas, à la personne avec qui tu es

Beaucoup de femmes se taisent pendant des mois, et c’est ce qui abîme le plus.

Se taire conduit à serrer les dents, à éviter sans expliquer, à laisser l’autre interpréter. Et ce qui devait rester un problème de muqueuse devient un problème de couple.

Dire les choses simplement suffit : « j’ai mal, ce n’est pas toi, et je cherche pourquoi. » Trois informations, aucune accusation.

Et une chose concrète pour la suite : prendre plus de temps avant la pénétration n’est pas une faveur qu’on demande, c’est une condition physiologique. La lubrification d’excitation met plusieurs minutes à s’installer, et elle ne s’installe pas dans un corps qui appréhende.

Ce que tu peux faire dès maintenant

Observe où ça fait mal. À l’entrée, en profondeur, ou avant même le contact. C’est la première question que posera un professionnel, et c’est celle qui oriente tout.

Note quand ça a commencé et ce qui a changé à ce moment-là : une contraception, un médicament, un accouchement, un produit d’hygiène, une période difficile.

Teste la piste de la lubrification. Si un lubrifiant adapté (pH autour de 4, sans parfum) supprime la douleur, tu as ta réponse. S’il ne change rien, tu l’as aussi, et c’est une information utile à apporter en consultation.

Allège ton hygiène intime. Une toilette par jour, savon doux non parfumé, rien à l’intérieur. Ça ne réglera pas une douleur profonde, mais ça retire une cause d’irritation évitable.

Et n’insiste pas pendant que tu cherches. Il n’y a rien à prouver, et tu ne feras que renforcer la contraction.

Quand prendre rendez-vous, et sans attendre

Consulte si la douleur revient à chaque rapport, si elle est profonde, si elle persiste après, ou si elle s’accompagne de saignements, de pertes inhabituelles, d’une odeur qui change, de rougeurs ou de démangeaisons.

Consulte aussi si elle est apparue brutalement, alors que tout allait bien, ou si elle s’est installée progressivement au point que tu évites les rapports.

Un médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue peuvent faire la différence entre une sécheresse, une infection, une cause profonde et une contraction musculaire. Ce sont quatre situations différentes, avec quatre réponses différentes.

C’est un motif de consultation banal et fréquent. Ce n’est pas une conversation gênante, c’est une conversation utile.

Ce qu’un lubrifiant peut, et ce qu’il ne peut pas

Il peut supprimer une douleur de frottement à l’entrée quand la cause est un manque de lubrification. C’est réel, c’est immédiat, et ça change la vie de beaucoup de femmes.

Il ne peut rien contre une douleur profonde, contre une infection, contre une contraction musculaire. Il accompagne un moment, il ne modifie pas une cause, et il ne remplace pas un avis médical.

Si tu as essayé un lubrifiant correct pendant quelques semaines et que la douleur est toujours là, la réponse n’est pas d’en essayer un autre. C’est de prendre rendez-vous.

Les questions qu’on me pose ensuite

Est-ce que c’est grave si ça n’arrive que de temps en temps ? Une douleur occasionnelle, liée à la fatigue ou à un rapport où l’excitation n’était pas installée, arrive à tout le monde. Ce qui doit alerter, c’est la répétition.

Est-ce que ça peut venir de la taille ? C’est une croyance tenace et elle est presque toujours fausse. Le vagin s’adapte. Quand une douleur apparaît, elle vient d’une muqueuse, d’une inflammation ou d’une contraction, pas d’une incompatibilité.

Est-ce que je dois arrêter complètement en attendant ? Pas forcément, mais arrête tout ce qui fait mal. Il reste beaucoup de choses possibles qui ne passent pas par la pénétration, et ce n’est pas une punition, c’est ce qui permet au corps de ne pas associer l’intimité à la douleur.

Ce qu’il faut retenir

La douleur pendant les rapports n’est jamais « normale », et elle n’est jamais une question de volonté.

L’endroit où elle se situe est ton meilleur indice : à l’entrée, la sécheresse est la première piste ; en profondeur, il faut un examen ; avec démangeaisons et pertes, il faut penser à l’infection ; avant même le contact, c’est le muscle qu’il faut accompagner.

Dans les trois derniers cas, aucun produit ne remplacera un professionnel. Et dans le premier, le bon produit change souvent tout.

Veyzu prépare une gamme de lubrifiant fabriquée en France. Elle n’est pas encore disponible. Si tu veux être prévenue quand elle le sera, laisse-moi ton adresse, je t’écrirai une fois, et c’est tout.

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Syrine, fondatrice de Veyzu